DAKAR — Alors que les projecteurs de la scène internationale sont braqués sur la capitale sénégalaise, un événement singulier a bousculé les codes de la célébration artistique traditionnelle. Le 26 mai dernier, à la Maison des Cultures Urbaines (MCU), la 33ème station de l’#AMEWUGATour a transformé la scène en un espace de résistance et de transmission.
Une question de mémoire : Pourquoi Modibo Keïta ?
L’interrogation qui a servi de fil conducteur à mon éditorial dans Asrafozine était aussi directe que nécessaire : en quoi est-il crucial d’évoquer la figure de Modibo Keïta au moment même où se tient la Biennale de Dakar ? Pour Arctivism, ce concept de conscientisation né à Lomé en 2009, la réponse réside dans le triptyque : projection, débat et concert. Il ne s'agit pas seulement de célébrer l'art pour l'art, mais d'utiliser la culture comme un levier pour éduquer la jeunesse africaine sur les idéaux du panafricanisme. En cette période de commémoration 41 ans après le départ de Bob Marley, icône de la musique consciente, l'urgence de l'unité africaine n'a jamais été aussi palpable.
Une tribune collective et engagée
Le succès de cette escale repose sur une synergie rare. J'ai eu l'immense honneur de partager la parole et la scène avec une fratrie d'artistes et d'activistes dont l'engagement n'est plus à prouver. Sur les planches de la MCU, le combat pour la dignité s'est incarné à travers les voix et les performances de : Daba Makourejah, Alibeta, Moonaya, Serigne Mansour Madzoo Fall, Ami Diouf, Rayan et Khoudia.
Le choc de l'histoire : Omar Blondin Diop et Dialo Diop
Le moment fort de cette soirée fut l'intervention de Monsieur Dialo Diop. Sa présence a donné une profondeur tragique et politique à l'événement, rappelant que ce même 26 mai marquait l'anniversaire de l'assassinat en 1973 de son frère, le militant Omar Blondin Diop.
C’est précisément ce lien entre le sacrifice passé et la création présente qui a dicté la forme de l'entrée : une billetterie solidaire composée de dons pour les prisonnier.e.s. Un geste fort, rappelant que la pensée de Modibo Keïta et les luttes d'émancipation ne sont pas des concepts abstraits, mais des réalités qui doivent toucher ceux que la société oublie.
Une direction artistique signée Elom 20ce
Sous la houlette d'Elom 20ce à la direction artistique, et sublimé par les visuels d'Amegne Blibo pour Asrafo Records et l'artwork de Nukuvitôlia, ce 33ème chapitre d'Arctivism a relevé son défi : prouver que la mémoire est une matière vivante, capable de faire vibrer les cœurs autant que les esprits.
